A la Cinémathèque française, en septembre 2026, c’est un programme couvrant 120 ans de comptes à rebours, de pas de tir, de conquête spatiale et de voyages intersidéraux vus par Georges Méliès (Le Voyage dans la Lune), Andrei Tarkovski (Solaris), Fritz Lang (La Femme sur la Lune), Alice Winocour (Proxima), Christopher Nolan (Interstellar) et bien d’autres, qui vous attend. Imaginée avec le CNES, l’agence spatiale française, cette rétrospective sera accompagnée par de grands noms de l’étude spatiale – astronautes, ingénieurs et scientifiques – qui apporteront chacun leur regard expert sur certains des plus grands chefs-d’œuvre du genre.
Le cinéma à l’épreuve du cosmos, un texte de Stéphane Benaïm*
Visuel© Le Voyage dans la Lune, Georges Méliès, 1902 © Diaphana.
De la rêverie artisanale aux odyssées numériques, la conquête de l’espace au cinéma épouse l’histoire même du médium. Celle d’un regard projeté au-delà du visible, où la technique nourrit l’imaginaire autant qu’elle en dépend. Dès Le Voyage dans la Lune, en 1902, Georges Méliès ne filme pas tant la Lune qu’il ne met en scène le pouvoir du cinéma lui-même, celui de fabriquer du merveilleux. Le projectile planté dans l’œil lunaire reste une image matricielle, à la fois naïve et visionnaire, qui fonde une tradition où l’espace est moins un territoire scientifique qu’un théâtre de métamorphoses.
Avec l’avènement du parlant et des effets spéciaux modernes, le genre gagne en ampleur sans perdre sa dimension spéculative. Things to Come (1936) ou Destination Moon (1950) témoignent d’un basculement : l’espace devient un horizon crédible, nourri par les progrès scientifiques et les tensions géopolitiques. La Guerre froide irrigue ainsi une partie de cette production, où la conquête spatiale se fait métaphore de domination idéologique, opposant blocs et visions du futur dans une course où la technologie devient récit.
Visuel© Le Voyage dans la Lune, Georges Méliès, 1902 © Diaphana.
De la rêverie artisanale aux odyssées numériques, la conquête de l’espace au cinéma épouse l’histoire même du médium. Celle d’un regard projeté au-delà du visible, où la technique nourrit l’imaginaire autant qu’elle en dépend. Dès Le Voyage dans la Lune, en 1902, Georges Méliès ne filme pas tant la Lune qu’il ne met en scène le pouvoir du cinéma lui-même, celui de fabriquer du merveilleux. Le projectile planté dans l’œil lunaire reste une image matricielle, à la fois naïve et visionnaire, qui fonde une tradition où l’espace est moins un territoire scientifique qu’un théâtre de métamorphoses.
Avec l’avènement du parlant et des effets spéciaux modernes, le genre gagne en ampleur sans perdre sa dimension spéculative. Things to Come (1936) ou Destination Moon (1950) témoignent d’un basculement : l’espace devient un horizon crédible, nourri par les progrès scientifiques et les tensions géopolitiques. La Guerre froide irrigue ainsi une partie de cette production, où la conquête spatiale se fait métaphore de domination idéologique, opposant blocs et visions du futur dans une course où la technologie devient récit.
Visuel :2001 l’odyssee de l’espace, Stanley Kubrick, 1968 © Warner Bros. Pict.
Si la production américaine domine l’imaginaire collectif, elle occulte souvent une cinématographie soviétique également féconde. Dès 1924, Aelita, de Yakov Protazanov, pose les bases d’une science-fiction spatiale teintée de propagande révolutionnaire : la conquête de Mars y devient métaphore d’émancipation prolétarienne. Plus tard, La Nébuleuse d’Andromède (1967) ou d’autres productions soviétiques prolongent cette vision d’un espace collectif, débarrassé des ambitions individualistes. Face au cowboy spatial américain, le cosmonaute soviétique incarne une autre utopie, celle d’un progrès partagé, au service de l’humanité tout entière. Deux visions du futur, deux grammaires cinématographiques, pour un même ciel.
C’est dans ce contexte de rivalité idéologique et de fascination croissante pour l’infini que Stanley Kubrick, en 1968, porte le cinéma spatial à une forme de vertige philosophique. Avec 2001 : l’Odyssée de l’espace, élaboré en collaboration avec Arthur C. Clarke, il propose une œuvre où la précision scientifique se conjugue à une méditation métaphysique sur l’évolution, l’intelligence et l’infini. Le silence, la lenteur, la rigueur des images redéfinissent les codes du genre : l’espace n’est plus seulement un décor, mais une expérience sensorielle et existentielle. L’ellipse célèbre reliant l’os préhistorique au vaisseau spatial condense à elle seule l’histoire de l’humanité et inscrit la conquête spatiale dans une continuité vertigineuse.
Si la production américaine domine l’imaginaire collectif, elle occulte souvent une cinématographie soviétique également féconde. Dès 1924, Aelita, de Yakov Protazanov, pose les bases d’une science-fiction spatiale teintée de propagande révolutionnaire : la conquête de Mars y devient métaphore d’émancipation prolétarienne. Plus tard, La Nébuleuse d’Andromède (1967) ou d’autres productions soviétiques prolongent cette vision d’un espace collectif, débarrassé des ambitions individualistes. Face au cowboy spatial américain, le cosmonaute soviétique incarne une autre utopie, celle d’un progrès partagé, au service de l’humanité tout entière. Deux visions du futur, deux grammaires cinématographiques, pour un même ciel.
C’est dans ce contexte de rivalité idéologique et de fascination croissante pour l’infini que Stanley Kubrick, en 1968, porte le cinéma spatial à une forme de vertige philosophique. Avec 2001 : l’Odyssée de l’espace, élaboré en collaboration avec Arthur C. Clarke, il propose une œuvre où la précision scientifique se conjugue à une méditation métaphysique sur l’évolution, l’intelligence et l’infini. Le silence, la lenteur, la rigueur des images redéfinissent les codes du genre : l’espace n’est plus seulement un décor, mais une expérience sensorielle et existentielle. L’ellipse célèbre reliant l’os préhistorique au vaisseau spatial condense à elle seule l’histoire de l’humanité et inscrit la conquête spatiale dans une continuité vertigineuse.
Visuel : Solaris, Andreï Tarkovski, 1972 © Potemkine.
En 1977, La Guerre des étoiles, de George Lucas, opère une rupture décisive et paradoxale. Le space opera est né. Alors que la conquête spatiale réelle marque le pas après l’euphorie d’Apollo, George Lucas détourne l’espace de toute ambition scientifique pour en faire le théâtre d’une mythologie archaïque : chevaliers, empires, quêtes initiatiques… des éléments largement hérités du cinéma de samouraïs d’Akira Kurosawa, dont il revendiquait l’influence, notamment celle de La Forteresse cachée (1958). Ce faisant, il dépolitise radicalement le genre, au lendemain du Vietnam et du Watergate, substituant au vertige existentiel une grammaire du divertissement spectaculaire.
L’espace cesse d’être un horizon à conquérir pour devenir un décor à habiter, fascinant, mais désormais familier. C’est précisément contre cet héritage que les œuvres les plus exigeantes du genre continueront de se définir. Deux films, presque contemporains l’un de l’autre, illustrent cette résistance avec éclat. En 1972, Solaris, d’Andreï Tarkovski, fait de l’exploration spatiale une plongée dans l’intériorité : la planète pensante y agit comme un miroir des souvenirs et des culpabilités, faisant de l’espace un territoire mental, presque mystique, où la science se heurte à l’inconnaissable. Deux ans plus tard, Dark Star, de John Carpenter, injecte une ironie désenchantée dans le récit spatial avec sa « dose » de pop culture. Loin des héros conquérants, ses astronautes errent dans un quotidien absurde, révélant l’envers du mythe : l’espace comme prolongement des dérives humaines.
Le cinéma américain des années 1990 et 2000 réhabilite quant à lui une forme de réalisme héroïque. Dans Apollo 13, de Ron Howard, la conquête spatiale retrouve sa dimension historique et collective : celle d’une aventure humaine fondée sur la solidarité, l’ingéniosité et la maîtrise technique. Quelques années plus tard, Interstellar, de Christopher Nolan, prolonge l’héritage kubrickien en y injectant une émotion nouvelle.
En 1977, La Guerre des étoiles, de George Lucas, opère une rupture décisive et paradoxale. Le space opera est né. Alors que la conquête spatiale réelle marque le pas après l’euphorie d’Apollo, George Lucas détourne l’espace de toute ambition scientifique pour en faire le théâtre d’une mythologie archaïque : chevaliers, empires, quêtes initiatiques… des éléments largement hérités du cinéma de samouraïs d’Akira Kurosawa, dont il revendiquait l’influence, notamment celle de La Forteresse cachée (1958). Ce faisant, il dépolitise radicalement le genre, au lendemain du Vietnam et du Watergate, substituant au vertige existentiel une grammaire du divertissement spectaculaire.
L’espace cesse d’être un horizon à conquérir pour devenir un décor à habiter, fascinant, mais désormais familier. C’est précisément contre cet héritage que les œuvres les plus exigeantes du genre continueront de se définir. Deux films, presque contemporains l’un de l’autre, illustrent cette résistance avec éclat. En 1972, Solaris, d’Andreï Tarkovski, fait de l’exploration spatiale une plongée dans l’intériorité : la planète pensante y agit comme un miroir des souvenirs et des culpabilités, faisant de l’espace un territoire mental, presque mystique, où la science se heurte à l’inconnaissable. Deux ans plus tard, Dark Star, de John Carpenter, injecte une ironie désenchantée dans le récit spatial avec sa « dose » de pop culture. Loin des héros conquérants, ses astronautes errent dans un quotidien absurde, révélant l’envers du mythe : l’espace comme prolongement des dérives humaines.
Le cinéma américain des années 1990 et 2000 réhabilite quant à lui une forme de réalisme héroïque. Dans Apollo 13, de Ron Howard, la conquête spatiale retrouve sa dimension historique et collective : celle d’une aventure humaine fondée sur la solidarité, l’ingéniosité et la maîtrise technique. Quelques années plus tard, Interstellar, de Christopher Nolan, prolonge l’héritage kubrickien en y injectant une émotion nouvelle.
Gravity, Alfonso Cuarón, 2013 © Park Circus.
Le voyage interstellaire devient une quête intime, où les lois de la physique – trous noirs, relativité – se mêlent à une réflexion sur le temps, la filiation et la survivance de l’espèce. Gravity, d’Alfonso Cuarón (2013), renoue avec une forme d’immersion sensorielle totale, rendue possible par les avancées numériques. L’espace y est à la fois sublime et hostile, théâtre d’une lutte pour la survie qui redonne au corps une centralité souvent négligée.
Cette question du corps, et plus précisément du corps féminin, traverse plusieurs décennies de cinéma spatial. Longtemps reléguée au rang de faire-valoir ou de figure en détresse, la femme astronaute conquiert progressivement une centralité narrative. Ryan Stone, devant la caméra du réalisateur mexicain, ne survit pas grâce à une technologie surpuissante. Elle s’en sort par une force intime, viscérale, et sa trajectoire ressemble moins à une mission qu’à une renaissance. Proxima, d’Alice Winocour (2019), radicalise ce déplacement avec Eva Green qui incarne une femme tiraillée entre vocation et maternité, rappelant que chaque départ vers les étoiles laisse des attaches terrestres, des deuils silencieux, et révèle les sacrifices invisibles derrière l’exploit.
Ainsi, de Méliès à nos jours, le cinéma n’a cessé de réinventer l’espace, oscillant entre fascination technologique et questionnement existentiel, philosophique. Chaque époque y projette ses espoirs, ses peurs, ses fantasmes. Loin d’être un simple décor, l’espace devient un révélateur de notre rapport au progrès, à l’altérité et, peut-être, en dernier ressort, à nous-mêmes. À mesure que l’horizon réel de la conquête spatiale se rapproche – sondes, stations orbitales, projets martiens –, le cinéma, lui, continue d’ouvrir des espaces intérieurs, rappelant que le véritable voyage reste peut-être celui de la conscience.
* Stéphane Benaïm est docteur en esthétique, sciences et technologie des arts, ancien enseignant d'histoire et théorie du cinéma à l'université Paris 8 pendant 15 ans, auteur de plusieurs ouvrages dont Les Visions d’Orient de Josef von Sternberg (2016) et Les Extraterrestres au cinéma (2017), et spécialiste des réalisateurs marginaux et des thèmes sociétaux au cinéma.
Demandez le programme
Visuel © Ad Astra, James Gray, 2019 © Walt Disney Pictures France.
Jacques Arnould (historien des sciences et théologien), Christophe Bonnal (chercheur expert en débris spatiaux), Frédéric Courtade (responsable du GEIPAN), Claudie Haigneré (astronaute), Olivier La Marle (astrophysicien), Aurélie Moussi-Soffys (astrophysicienne), Christian Mustin (exobiologiste), Francis Rocard (astrophysicien), joueront les présentateurs à certaines séances.
Séance avec dialogue
Le Voyage dans la Lune / 2001 : l'Odyssée de l'espace, avec Claudie Haigneré ► samedi 10 octobre 14 h 30.
Séances présentées
Le Voyage dans la Lune / 2001 : l'Odyssée de l'espace, par Jacques Arnould ► mercredi 30 septembre 20 h 00
Seul sur Mars, par Francis Rocard ► vendredi 02 octobre 1 7h 30
Solaris, par Eugénie Zvonkine ► vendredi 02 octobre 21 h 00
Alien, par Aurélie Moussi-Soffys ► samedi 03 octobre 18 h 00
L'Étoffe des héros, par Christophe Bonnal ► samedi 03 octobre 20 h 45
Ad Astra, par Gabriela Trujillo ► dimanche 04 octobre 17 h 45
Moon, par Christian Mustin ► mercredi 07 octobre 18 h 00
Mission to Mars, par Jacques Arnould ► mercredi 07 octobre 20 h 30
Croisières sidérales, par François Angelier ► jeudi 08 octobre 18 h 30
Notre siècle, par Marguerite Vappereau ► vendredi 09 octobre 21h 00
2010 : l'année du premier contact, par Frédéric Courtade ► samedi 10 octobre 21 h 00
Sunshine, par Olivier La Marle ► Di 11 oct 20h00
Space Cowboys, par Bernard Benoliel ► jeudi 15 octobre 20 h 30
Proxima, par Alice Winocour ► dimanche 18 octobre 1 8h 00
Programme complet disponible sur Cinematheque.fr
Ouverture de la billetterie cinéma le vendredi 21 août 2026
HENRI* reste ouvert tout l’été avec 256 films !
*Le 10 avril 2020, trois semaines après le début du premier confinement, la Cinémathèque lançait HENRI pour répondre à un désir simple mais essentiel : continuer à montrer des films alors que ses salles étaient contraintes à la fermeture.
Cinémathèque française,en association avec le Centre National d’Etudes Spatiale (CNES).
Du mercredi 30 septembre au lundi 19 octobre.
51 rue de Bercy
75012 Paris
Ouvert tous les jours de 12 h à 20 h et 21 h le samedi.
01 71 19 33 33
Métro ligne 14 station Bercy.
Informations des lecteurs : Dans le cadre de la nouvelle loi encadrant le travail des influenceurs, mais aussi des journalistes et tous ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux, nous vous informons que cet article n'a pas donné lieu à rémunération.
Visuel © Ad Astra, James Gray, 2019 © Walt Disney Pictures France.
Jacques Arnould (historien des sciences et théologien), Christophe Bonnal (chercheur expert en débris spatiaux), Frédéric Courtade (responsable du GEIPAN), Claudie Haigneré (astronaute), Olivier La Marle (astrophysicien), Aurélie Moussi-Soffys (astrophysicienne), Christian Mustin (exobiologiste), Francis Rocard (astrophysicien), joueront les présentateurs à certaines séances.
Séance avec dialogue
Le Voyage dans la Lune / 2001 : l'Odyssée de l'espace, avec Claudie Haigneré ► samedi 10 octobre 14 h 30.
Séances présentées
Le Voyage dans la Lune / 2001 : l'Odyssée de l'espace, par Jacques Arnould ► mercredi 30 septembre 20 h 00
Seul sur Mars, par Francis Rocard ► vendredi 02 octobre 1 7h 30
Solaris, par Eugénie Zvonkine ► vendredi 02 octobre 21 h 00
Alien, par Aurélie Moussi-Soffys ► samedi 03 octobre 18 h 00
L'Étoffe des héros, par Christophe Bonnal ► samedi 03 octobre 20 h 45
Ad Astra, par Gabriela Trujillo ► dimanche 04 octobre 17 h 45
Moon, par Christian Mustin ► mercredi 07 octobre 18 h 00
Mission to Mars, par Jacques Arnould ► mercredi 07 octobre 20 h 30
Croisières sidérales, par François Angelier ► jeudi 08 octobre 18 h 30
Notre siècle, par Marguerite Vappereau ► vendredi 09 octobre 21h 00
2010 : l'année du premier contact, par Frédéric Courtade ► samedi 10 octobre 21 h 00
Sunshine, par Olivier La Marle ► Di 11 oct 20h00
Space Cowboys, par Bernard Benoliel ► jeudi 15 octobre 20 h 30
Proxima, par Alice Winocour ► dimanche 18 octobre 1 8h 00
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HENRI* reste ouvert tout l’été avec 256 films !
*Le 10 avril 2020, trois semaines après le début du premier confinement, la Cinémathèque lançait HENRI pour répondre à un désir simple mais essentiel : continuer à montrer des films alors que ses salles étaient contraintes à la fermeture.
Cinémathèque française,en association avec le Centre National d’Etudes Spatiale (CNES).
Du mercredi 30 septembre au lundi 19 octobre.
51 rue de Bercy
75012 Paris
Ouvert tous les jours de 12 h à 20 h et 21 h le samedi.
01 71 19 33 33
Métro ligne 14 station Bercy.
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Carole Grouésy