L’identité du musée de la Romanité est de définir l’art romain avant tout et de confronter l’art, comme une œuvre célébrant la beauté mais aussi la dimension fonctionnelle de l’objet. Les galeries romaines du Louvre étant fermées pour travaux le Louvre a prêté de nombreuses œuvres au musée de la Romanité, ce qui n’est pas la norme. Cette opportunité a permis la mise en place d’une formidable exposition, en place jusqu’au 10 janvier 2027.

L’art romain : tout un art !

Visuel : Élément de collier – médaillon de Constantin © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) ©Mildred Forman, au Musée de la Romanité.

La mise en avant de la fonction esthétique d’objets utilitaires, qui nécessitent un grand savoir-faire, participent à l’esthétisation la vie. L’art romain est très bavard, au départ il a été créé pour répondre à une fonction précise correspondant aux usages sociaux et individuels. D’une part, la fonction honorifique permet de rendre hommage aux grands personnages de l’époque, l’art romain porte une épitaphe. D’autre part, il joue un rôle dans le rituel, le religieux et à une fonction votive. Il permet bien sûr des usages sociaux au sein de la vie collective et individuelle. Cependant sa valeur ajoutée esthétique n’est pas à ignorer.

Au sein de la Citée, il participe à l’organisation de la vie politique et offre la possibilité de parler de la communauté politique. Ainsi le rituel civique devient artistique.

A voir  : Les reliefs du temple de Rome sont une des plus veilles œuvres du Louvre et leur état de conservation est assez remarquable. Le dieu Mars s’y trouve en bonne place, on y voit la définition du corps civique car il s’agit d’une opération de recensement. C’est l’une des plus anciennes œuvres de l’art romain qui mélange beaucoup de styles.


Le parcours de l’exposition

Visuel© attitude-luxe_musée-de-la-romanité_sarcophage-des-muses, en marbre. Vers 150-160 apr.J.-C. Provenance : vigna Monciatti, via Ostente, Rome,Italie.*  ©Mildred Forman au Musée de la Romanité. 

L’introduction met l’accent sur le fait qu’en tant que visiteur nous avons l’habitude de porter un regard sur les objets romains qui ne prend pas de prime abord leurs usages originels comme les définissants mais les considère en premier lieu comme des œuvres d’art. Cela introduit un biais entre notre regard esthétisant et les logiques d’usage antiques.

La première section aborde le rôle utilitaire des créations romaines. En replaçant chaque objet dans son contexte d’origine, elle montre comment l’esthétique répond à des besoins sociaux, politiques ou religieux, révélant un art intégré à la vie quotidienne et inscrit dans un système de signes partagés.

La deuxième section examine ensuite l’art romain comme miroir des structures symboliques et hiérarchiques de la société romaine. Bustes, mosaïques, sarcophages ou objets précieux donnent à voir un langage visuel qui affirme le rang, la mémoire, la piété ou la filiation. Le portrait, omniprésent, y apparaît comme un outil d’identification et de représentation sociale.

La troisième partie explore la dimension discursive de l’art romain et interroge la manière dont les images, de l’objet intime à la sculpture monumentale, réservées aux divinités, participent à une communication visuelle codifiée et maîtrisée.

Enfin, la quatrième section plonge le visiteur au cœur des processus de création artistique des Romains, et met en avant les choix stylistiques qui façonnent les œuvres, tout en soulignant le rôle du savoir-faire et de la virtuosité technique dans l’élaboration de leur dimension esthétique.

Visuel* : « Ce sarcophage est dans un magnifique état de conservation, il représente les neufs Muses, incarnations mythiques des arts libéraux, qui occupent la façade de ce sarcophage en marbre. Sur les petits côtés, une figure féminine sert d'inspiratrice à un lettré. C'est une évocation en images de l'accomplissement de soi par la culture : le défunt était digne de la compagnie des Muses, des poétes et des philosophes. On observe ainsi le transfert dans le domaine funéraire de modes d'exaltation auparavant élaborés dans les demeures de l'élite, qui célébraient ainsi, par les statues des Muses et les portraits des intellectuels, l'idéal élevé d'une vie cultivée. » (Texte du cartel du musée de la Romanité.)


Un objet d’exception : La coupe

Visuel© Coupe de Césarée Bronze incrusté d’argent et d’alliages cuivreux H. 8,2 ; D. 20,2 cm 1e moitié du IVe siècle apr. J.-C. Provenance inconnue Achat 1962 ; Paris, musée du Louvre. © GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.

Le mythe du rite la personnalisation amène trois façons de dire la communauté. Cette coupe d’apparat romaine, très rare, est un bon exemple, elle présente des images vivantes. Son décor est fait de scènes polychromes, d’enduits peints, incrustés d’argent et d’alliages cuivreux. Les neuf muses y sont représentées autour apollon.

Dans les œuvres les représentations d’hommes de lettres grecs commencent à être traitées. On ressent une grande admiration de la culture grecque, qui passe par l’illustration des mythes. Cela permet de se rapprocher de la divinité et également de se rapprocher de la joie. On y découvre une convention iconographique.

Cette coupe représente à travers quatre scènes disposées en frise, l’histoire de Césarée Maritime, ce grand port de Méditerranée orientale. Trois scènes sont en relation avec le mythe fondateur de la Tour de Straton, première implantation du site, néanmoins leur interprétation reste une source de discussion. Une consultation d’oracle, une expédition maritime et une scène d’alliance entre un personnage nommé Straton et Asclépios y sont illustrées. Cette identification est aujourd’hui remise en question au profit d’une fondation hellénistique.

La quatrième scène dépeint une libation réalisée devant la Tychè de Césarée, associée aux « jeux sacrés » mentionnés par une inscription. Datée du IVe siècle, sans doute fabriquée en Palestine, la coupe devait relever d’une commande prestigieuse destinée à un notable local. Par son décor sophistiqué, elle commémore l’histoire de la colonie romaine tout en célébrant la mémoire plus ancienne de la Tour de Straton.


L’imitation de la nature : La Mimésis

Visuel© Mosaïque de sol : Mosaïque figurant : le Jugement de Pâris Marbre, calcaire, pâte de verre et obsidienne H. 196 ; l. 196 ; ép. 15 cm 1ère moitié du IIe siècle apr. J.-C. Antioche-sur-l’Oronte Dévolution 1936, fouilles franco-américaines de 1932 ; Paris, © Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Thierry Ollivier.

Toujours dans le domaine stylistique, la leçon de la mimésis occupe une place essentielle au sein de l’art romain, en particulier dans sa dimension savante. Orientée en direction de la représentation.

Venant du grec mímêsis (« imitation »), la mimésis renvoie à l’idée que l’art ou le discours, … imite quelque chose : la nature, les actions humaines, les modèles moraux, ou encore les apparences du monde. C’est une sorte d’interprétation créatrice.

Sur ce visuel on découvre « un paysage montagneux évoquant le mont Ida, Pâris est assis sur un rocher, entouré de quelques bêtes de son troupeau, le regard tourné vers Hermès. Le messager des dieux lui demande de remettre la pomme d’or de la Discorde à la plus belle des trois déesses : Athéna lui promet sagesse et victoire, Héra l’empire sur l’Asie, Aphrodite l’amour d’Hélène de Sparte. Pâris choisit Aphrodite, déclenchant l’enlèvement d’Hélène et la guerre de Troie. Ce panneau constituait le centre d’un pavement de mosaïque dans un triclinium, salle à manger et espace de sociabilité de la domus romaine. La bordure ornée de rinceaux d’acanthe et de masques dionysiaques témoigne de la permanence de la tradition hellénistique dans l’Orient romain, notamment à Antioche (actuelle Antakya, Turquie). La composition et le rendu illusionniste de la scène, proches de la peinture campanienne, permettent aux convives d’apprécier à la fois la culture et la richesse de leur hôte, tout en participant aux plaisirs de la table et de l’esprit à l’époque impériale. »

L’upcycling à la romaine …

Visuel© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn  ©Mildred Forman au Musée de la Romanité. Alabastron inscrit en albâtre égyptien Albâtre égyptien H : 66 cm ; l : 52 cm ; D : 13 cm -791 / -764 (Ousermaâtrê Osorkon III) Rome Paris.

Si l’exposition met l’accent sur la contemplation des pièces elles-mêmes et met en lumière les multiples usages de l’image dans la société romaine, on s’aperçoit néanmoins que l’art romain pratique le réemploi pour des raisons économiques, symboliques et politiques.

Ce grand vase à parfum égyptien en albâtre, -pierre extraite localement-, de la Troisième période intermédiaire, emporté à Rome comme urne cinéraire, en est un parfait exemple. Ainsi est-il réutilisé à l’époque romaine comme urne funéraire. On y voit des couches de verre superposées, -l’albâtre a été ajouté après – et des incrustations de gemmes antiques, finalement c’est une œuvre à la fois antique et moderne.

« Il porte sur une face une inscription hiéroglyphique commémorant sa réalisation sur ordre du pharaon Osorkon III par un grand-prêtre d’Amon du temple de Karnak, Nebnejterou, fils de Hor. Pris en Egypte, il a été transporté à Rome, où il fut retrouvé, en 1615, sur le Champ de Mars. Il avait alors été réutilisé pour servir d’urne cinéraire à un membre de la noblesse patricienne, P. Claudius Pulcher. Si on ignore tout de la manière dont il passa des terres de Haute-Egypte aux rives du Tibre, il constitue néanmoins un témoin emblématique des dynamiques de remploi : les objets de valeur, liés au pouvoir dans les contrées conquises, sont pris et utilisés dans de tout autres contextes. »

Dionoso et Ariane y sont représentés, cet objet luxueux, retrouvé dans les catacombes de Rome, appartient à une collection papale. Il y a donc eu une réappropriation de l’art et réemploi de l’objet.

Informations pratiques

Visuel ©Musée de la Romanité

« L’art romain du Louvre. Un monde d’images »

Exposition du 11 juin 2026 au 10 janvier 2027

Musée de la Romanité

16 boulevard des Arènes

30 000 Nîmes

Horaires : D’avril à octobre : tous les jours de 10h à 19h

De novembre à mars : tous les jours sauf mardi, de 10h à 18h

Tarifs (Collections permanentes + exposition temporaire)

Tarif plein : 9 € Réduit : 6 € Enfants de 7/17 ans : 3 €

Gratuit jusqu'à 7 ans Forfait famille : 30 € (2 adultes + 2 enfants)

Visioguide : 4 € (réduit 3 €)

L’accès à l’exposition est compris dans le billet d’entrée musée.

www.museedelaromanite.fr 

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