Le musée Fabre à Montpellier, présente depuis le 27 juin 2026, la première grande exposition de design du 20 siècle à Montpellier. Elle est consacrée à Pierre Paulin, un designer qui a marqué son époque et dont les créations sont devenues des icônes du design et bouleversé les modes de vie et les technologies. Le commissariat de cette exposition est assuré par Florence Hudowicz, conservatrice en chef au musée Fabre.

Pierre Paulin, le « jeune loup » des années 50

Visuel ©Mildred-Forman, exposition Pierre Paulin au Musée Pierre Fabre.

Pierre Paulin est né à Paris en 1927 mais il grandit à Laon, entouré de deux figurent qui vont laisser une forte empreinte dans son imaginaire : son grand-oncle maternel Frédy Balthazar Stoll, sculpteur suisse formé dans l’atelier de Rodin et son oncle paternel Georges Paulin, designer automobile. Ayant baigné dans cet univers artistique il se destine à la sculpture, cependant il se blesse lors d’un atelier de sculpture et bifurque alors vers le design, activité qui à l’époque ne portait pas encore ce nom.

Il a aussi été inspiré par Marcel Gascoin chez lequel il effectue un stage. Cette figure fondatrice du design français d’après‑guerre est un pionnier du mobilier fonctionnel et modulable d’après‑guerre est à la fois architecte d’intérieur, ébéniste et designer, a joué un rôle décisif dans la reconstruction des intérieurs français et dans l’émergence d’un mobilier moderne, fonctionnel et produit en série.

Pierre Paulin est rapidement associé au mouvement des « jeunes loups », qui désigne une génération de designers français du début des années 1950, identifiée et nommée par Solange Gorse, rédactrice en chef de La Maison française. Cette expression regroupe un ensemble de jeunes créateurs qui ont profondément renouvelé le paysage du design français d’après‑guerre. Les “jeunes loups” marquent le passage du décorateur traditionnel au designer et à l’architecte d’intérieur moderne.

D’ailleurs, l’époque des arts ménagers correspond parfaitement à l’état d’esprit de Pierre Paulin car ce qu’il souhaite avant tout est d’être au service du public et s’adresser au plus grand nombre afin de transformer le quotidien, d’ailleurs il expose au salon des Arts Ménagers dès 1953. Il cherche les formes qui peuvent être industrialisées. Il défend l’idée que le design ne peut être que fonctionnel et il est le premier inventer un siège avec une armature recouverte de mousse recouvert par une housse.

En 1952 il crée le Fauteuil 273 dit « Anneau », qui présente une structure organique avec en s’appuyant sur les matériaux et les formes contemporaines. Il estime que le confort peut primer sur la beauté. Il choisit, en cohérence avec son idéal d’épure, de nommer ses créations par un numéro. Ce sont les maisons d’édition qui) par la suite leurs donneront un nom plus commercial.

Il auto édite rapidement sa première création avec l’aide de son père. Il s’agit de meubles dont la taille est idéale pour les petits appartements de l’époque d’après-guerre. Ainsi naissent le bureau CM141 et la Chaise CM131, en 1953. Dès 1954 ses meubles commencent à être édités par Les éditeurs Meubles TV, puis par Thonet France et à partir de 1958, les pays nordiques étant plus sensibles au design, il est édité par Artifort, une société hollandaise qui produira ses sièges les plus célèbres.

1/©Mildred-Forman, Fauteuil 273, dit Anneau, de Pierre-Paulin, au Musée Fabre.
2/©Mildred-Forman, Fauteuil 582 dit Ribbon Chair de Pierre-Paulin, au Musée Fabre.
3/©Mildred-Forman, Chaise longue Face à face-1968, Pierre-Paulin, au Musée Fabre.

Le souffle des années 60

Visuel : Fauteuil F562 dit Big Mushroom-Pierre Paulin pour Artifort-1960, Photo © Artifort.

En 1960, la sortie du fauteuil F560 dit Mushroom reflète la synthèse de ses recherches sur la simplification des structures et le rôle du textile. Ces créations installent Paulin parmi les figures majeures du design moderne et marquent le début d’une collaboration durable entre le designer et le fabricant Airfort grâce à laquelle Pierre Paulin acquiert une reconnaissance internationale.

Dès 1967, ses œuvres entrent dans les collections du Museum of Modern Art de New York. En France, les commandes se multiplient : aménagement à Paris du Foyer des artistes de la Maison de la Radio (1961), aux côtés du peintre Pierre Soulages qui réalisera un décor de tapisserie (1963), création de luminaires pour le fabricant Disderot (1963), design automobile d’une berline pour Renault (1965).

En 1964 Pierre Paulin reçoit une commande du Mobilier National - (institution chargée de l’ameublement des résidences de la République française) - Jean Coural (1925-2001), l’administrateur de cette institution, impulse un nouvel élan au design en créant l’Atelier de recherche et de création (ARC) qui fabrique du mobilier imaginé par des créateurs contemporains innovants, dans le cadre de commandes publiques. Paulin répond à l’appel et revisite avec l’ARC les formes traditionnelles d’assises de salon avant de participer entre 1968 et 1972 aux aménagements de plusieurs salles du musée du Louvre, avec ses confrères André Monpoix (1925-1976) et Joseph-André Motte (1925-2013).

En 1969, Paulin est invité à concevoir le mobilier du Pavillon d’honneur de l’Exposition universelle d’Osaka, au Japon. Il réalise sa première banquette Amphis, dite aussi Osaka, système modulaire, articulé, et se prolongeant à volonté, révélateur de sa vision d’un design adaptable et en mouvement.

Les années 1970 : direction l’Elysée

Visuel ©Mildred-Forman, Le Fumoir de Pierre Paulin.

Georges Pompidou (1911-1974), alors président de la République, est avec son épouse, féru de design et souhaite faire entrer la modernité en France. C’est dans cet esprit qu’il commande à Pierre Paulin différents ensembles dont une structure entièrement démontable nommée « Le fumoir » en 1969. Inaugurée en 1972, cette structure métallique, tendue de textile est une petite révolution au Palais ! Entièrement démontable, elle permettait de ne pas abîmer les boiseries napoléoniennes de l’Elysée. Avec ses 3,90 m de haut et ses banquettes composées de chauffeuses, la structure formait une sorte de cocon.

Par la suite Valérie Giscard d’Estaing va faire ôter ces installations, à l’exception du plafond lumineux. Elles seront démontées et conservées. Stockées depuis 1974, elles ont été rénovées par le mobilier national à partir de 2023. Le Fonds Pierre Paulin a accompagné les équipes du Mobilier National en partageant ses archives consacrées au Fumoir et sa connaissance du projet. Le Crédit Agricole d’Île-de-France a soutenu le projet de restauration du Fumoir Paulin en permettant l’intégration d’un apprenti au sein du chantier. Si le tissu des chauffeuses est d’époque, le jersey pour la structure a été fabriqué sur mesure par la maison Lesage.

Le système d’accroche n’est plus le même aujourd’hui ce sont des sangles (des chaussettes + élastiques) qui n’abîment plus le tissu. C’est un patronage unique qui a pu s’adapter sur les six structures.

En 1975 Pierre Paulin s’implique à travers la société ADSA dans une production de design industriel et global. Il collabore notamment avec de grandes marques telles Allibert pour du mobilier de jardin. 

Pierre Paulin approfondit également ses recherches sur les aménagements intérieurs. Il explore de nouvelles manières de cloisonner et de moduler l’espace, privilégiant la souplesse et la fluidité des matières textiles, qu’il déploie depuis le sol jusqu’au plafond, tout en y intégrant des technologies contemporaines. La firme américaine Herman Miller, dans le Michigan, lui confie l’un de ses projets les plus ambitieux : le Residential Program (1968–1972) pour l’aménagement de logements. Paulin imagine alors un système à partir d’une forme simple, le carré, allié à des matériaux innovants, reconnus pour leur plasticité. Par combinaison et répétition, ce module géométrique devient ainsi bibliothèque, placard, table, tapis-siège, mais aussi cloison. Le mobilier et l’architecture intérieure ne font plus qu’un, au service d’un habitat flexible et évolutif. Mais le choc pétrolier a stoppé le projet, néanmoins ces formes se retrouveront plus tard.

La reconnaissance des années 1980

Visuel ©Mildred-Forman, bureau créé pour le Présidebnt François Mitterand par Pierre-Paulin, au Musée Pierre Fabre.

Au début des années 1980, le travail de Pierre Paulin marque un retour à une pratique plus libre. Il dessine des pièces produites en petites séries, qu’il aborde comme un terrain d’expérimentation et de plaisir. Il laisse volontiers à la nouvelle génération le soin d’inventer un nouveau design et préfère se tourner vers des formes éprouvées comme la chaise curule, tirée de la Rome antique, ou le bonheur-du-jour, petit bureau à la mode au 18 siècle.

La rétrospective organisée à Paris en 1983 par le Musée des Arts décoratifs marque un moment clé dans la carrière de Paulin. Ses sièges autrefois avant-gardistes entrent désormais dans l’histoire. Cette reconnaissance attire l’attention du président de la République française François Mitterrand (1916- 1996) qui lui commande un ensemble mobilier pour son bureau présidentiel à l’Élysée, en 1984. Le bureau est présenté dans l’exposition. Sa ligne incarne la pureté, l’élégance et la simplicité, et lui permet d’être toujours apprécié aujourd’hui.

Pierre Paulin terminait les commandes pour l’Élysée, à l’époque il était exclu des autres consultations. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Maïa, qui deviendra sa deuxième épouse et avec laquelle qu’il monte son agence de design.

Il a aussi travaillé pour Tefal, Le Creuset, Calors , société pour laquelle il crée de l’électroménager avec de petits objets du quotidien, comme un fer à repasser, avec qui il remporte le Grand prix de la création industrielle en 1987. Il a aussi réalisé des Luminaires pour la gare de Lyon dans les années 80 et créé pour le Louvre des assises par l’intermédiaire du Mobilier National.

Maïa : « Une évidence qui a duré 40 ans. »

Visuel ©Mildred Forman - Maïa Wodzilawska-Paulin.

Dès les années 1990, Paulin s’installe dans les Cévennes avec Maïa Wodzislawska, qu’il épouse en 1982 et avec laquelle il a un fils, Benjamin. Tous deux réaménagent une bergerie à la Calmette (Saint-Roman-de-Codières) en mêlant nature, architecture et mobilier.

Leur bureau, qu’ils avaient créé en 1975, avec Marc Labally, était capable de créer le design aussi bien de gares que de trains ou d’uniformes. Ils travaillaient ensemble pour de grands noms de l’automobile comme Citroën, Matra- Simca. De même, ils excellaient dans la création d’identité visuelle, comme le logo police qui est toujours utilisé aujourd’hui, car d’une totale simplicité, par essence indémodable. Pierre Paulin souhaitait avant tout simplifier la chaîne de la commande au produit fini.

Il ne se considérait pas comme un artiste, son but était d’améliorer la vie des gens à un coût moindre. C’est la raison qui le conduisait à rechercher à produire à bas coût et à utiliser le plastique. Bien sûr, par la suite il y a eu beaucoup de copies, comme le disait Gabielle Chanel la copie est la rançon du succès !

Peu à peu il a souhaité revenir à des matériaux classiques qui traverseront le temps afin de s’inscrire dans le grand style à la française, avec des formes plus traditionnelles, comme son Siège le bonheur du jour, inspiré du 18ème siècle. Il fabrique à la pièce, toujours dans un esprit minimaliste.

Paulin y poursuit son travail avec des éditeurs comme Ligne Roset ou Magis, tout en supervisant des rééditions de certaines de ses pièces, jusqu’à sa disparition à Montpellier en juin 2009. Il figure parmi les plus grands designers français du 20 siècle. Il a contribué à l’histoire de la naissance véritable du design au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans un pays en pleine reconstruction.

Aujourd’hui, ses créations iconiques, notamment la Mushroom Chair (1960), la Ribbon Chair (1966) ou la Tongue Chair (1967) continuent d’incarner la modernité et un futur intemporel dans l’imaginaire collectif.


Vue du salon de Pierre Paulin-Table Rosace (1968)_Chaises Tongue (1967)- Table Elysée TR6040- Tapis Diwan (1991)- Saint-Roman-deCodières- 199- Courtesy Archives Paulin, © DR



Pierre Paulin laisse derrière lui l’un des plus beaux parcours du design français. À la fin de sa carrière, le designer évoquait la vision de son travail, aujourd’hui toujours intemporelle, par ces mots : « Le meuble doit être d’abord utile à celui qui s’en sert et confortable. S’il y a de la poésie… c’est tant mieux… mais c’est en plus. » 

Faire vivre la succession

Visuel©Mildred Forman, M.Delafosse, Maire de Montpellier, Maïa et son fils, Benjamain Paulin.

Son fils, Benjamin et sa femme, qui est designer textile, travaillent aujourd’hui pour réunir la musique et le design, avec une idée sociale accolée au projet.

Il estime que la chaise Tong créée par son père est une des pièces les plus emblématique de son style, cette chaise réalisée avec du tissu extensible, du jersey racine, emprunte aux maillots de bains !

Le Centre Pierre Paulin, géré par le fond Pierre Paulin, dont Maïa Wodzilawska-Paulin est la présidente a trouvé sa place dans les Cévennes.

L’objectif du centre est de raconter le design dans son usage qui crée des objets qui conservent leur rôle fonctionnel.

À l’origine Pierre Paulin avait le projet d’intégrer du son à l’intérieur des pièces, au niveau des sièges, projet qui n’avait pas vu le jour. Son fils se fera son écho au travers du Centre, il a d’ailleurs créé un label de musique qui est un outil de création contemporaine. Il a aussi pour objectif d’éditer des pièces qui à l’époque n’avaient pas pu l’être.

L’ouverture du Centre est prévue pour 2027, à Saint-Roman-de-Codières. Il prendra place sur une surface d’environ 600/700 m2, qui seront invisibles depuis la route. Pour commencer les visites se feront uniquement sur demande.

Informations Pratiques

Visuel©

Exposition Pierre Paulin - Musée Fabre de Montpellier
du 27 juin au 1er novembre 2026.

Le design selon Pierre Paulin - la visite guidée :

Les mercredis, samedis à 15h et dimanches à 11h15 à partir du samedi 27 juin

Durée 1 h - Plein tarif 15 € - Pass Métropole 12 € - Tarif réduit 12 €.

Programme des visites sensorielles et accessibles sur www.museefabre.fr

Vsiite de la Collection : Du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Musée Fabre (A 10 mm à pieds de la gare de Montpellier)

Boulevard Bonne Nouvelle
34000 Montpellier - France
+33 (0)4 67 14 83 00
musee.fabre@montpellier.fr

 Informations des lecteurs : Dans le cadre de la nouvelle loi encadrant le travail des influenceurs, mais aussi des journalistes et tous ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux, nous vous informons que cet article n'a pas donné lieu à rémunération.