Les Hôtels Littéraires dévoilent leurs trésors proustiens à travers une exposition événement consacrée aux femmes qui ont profondément marqué la vie et l’œuvre de Marcel Proust. Pour l’occasion, le collectionneur brésilien Pedro Corrêa do Lago – lauréat du prix Céleste Albaret en 2023 – a prêté plusieurs photographies et lettres manuscrites issues de sa collection privée, offrant un éclairage rare et intime sur l’univers de l’écrivain.

Les intimes et les femmes de Marcel Proust

Visuel ©Hôtel Littéraire Le Swann - Jeanne-Proust-vitrine 1.

Une première vitrine, intitulée « Marcel et ses intimes », réunit les visages de celles qui ont partagé le quotidien de l’écrivain : sa mère, Jeanne Proust, et sa gouvernante, Céleste Albaret. On y découvre notamment l’exemplaire n° 1 de l’édition originale des Souvenirs de lecture de Jeanne, magnifiquement relié en matériaux composites par Nathalie Berjon, ainsi que plusieurs lettres autographes de Marcel Proust. L’une, écrite à l’âge de 14 ans à son grand‑père, porte des annotations au crayon de sa mère ; une autre, adressée à son ami Georges de Lauris, évoque avec une grande émotion le deuil maternel qu’il traverse, faisant écho à sa propre perte ; une troisième est rédigée de la main de Reynaldo Hahn. Autant de documents qui ouvrent une fenêtre rare sur l’intimité de l’écrivain.

La vitrine « Proust et les femmes de lettres » présente, quant à elle, de précieuses éditions originales des volumes d’À la recherche du temps perdu, accompagnées d’envois de Proust à Colette et à Horace Finaly, banquier proche de l’auteur et veuf de Marguerite, à laquelle une attention particulière est portée à travers les épreuves de ses Reliquiae. L’ensemble est enrichi de photographies de la comtesse de Noailles et de Colette, ainsi que de correspondances échangées avec ses amies Marie Nordlinger et Marie Scheikevitch, parmi lesquelles figure une lettre autographe de Proust.

Proust et les modèles de la Recherche

Visuel ©Hôtel Littéraire Le Swann - Réjane, photo dédicacée à Arman de Caillavet.

La vitrine « Proust et les modèles de la Recherche » met en lumière les figures féminines qui ont inspiré certains des personnages les plus marquants du roman. On y découvre les charmes de la « dame en rose » à travers des photographies d’époque de Laure Hayman ; le salon de Madame Verdurin se dessine dans ceux de Madeleine Lemaire et de Geneviève Straus ; le talent de la Berma se reflète dans celui de Sarah Bernhardt. Quant à la beauté d’Oriane de Guermantes, elle affleure dans les portraits de la comtesse Greffulhe, tandis que son célèbre profil en bec d’oiseau ressurgit dans le brouillon d’une lettre de Proust à la comtesse de Chevigné.

La dernière vitrine s’attache aux « ménages à trois » qui traversent À la recherche du temps perdu, réunissant notamment Robert de Saint‑Loup, le Narrateur et Gilberte Swann ou Rachel. Photographies, lettres manuscrites et éditions originales redonnent vie à ces relations triangulaires chères à Proust, à travers les figures de ses amis Gaston Arman de Caillavet, de son épouse Jeanne Pouquet et de leur fille Simone André Maurois. S’y ajoutent Paul Morand et la princesse Soutzo, ou encore le duc d’Albufera et Louisa de Mornand. Un détour mène même chez les Daudet, rue de Bellechasse, dans le salon d’Alphonse et de Julia, parents de Lucien.

Henriette, épouse Fortuny

Visuel ©Hôtel Littéraire Le Swann, Mantelet Fortuny.

L’exposition présente également une pièce d’exception, digne de surgir des pages de La Recherche et de reposer sur les épaules d’Albertine : un manteau de velours de soie doré, aux motifs persans, signé du grand couturier Mariano Fortuny – figure centrale de l’univers proustien – et de son épouse Henriette Nigrin. Longtemps reléguée au rôle de « muse », Henriette joua pourtant un rôle déterminant, aujourd’hui mieux reconnu, dans la création des célèbres tissus Fortuny au sein de leur atelier vénitien. On lui doit notamment l’invention du fameux plissé de la robe Delphos.

Si l’on sait encore peu de choses sur elle, l’article de Corinne Dromer, « Henriette ou l’oubli », publié sur le blog des Hôtels Littéraires, éclaire son parcours. Née le 4 octobre 1877 à Fontainebleau, elle y grandit avant d’épouser en 1897 Jean Eusèbe Léon Bellorgeot, marchand de tableaux et peintre. Le couple s’installe à Marlotte, village d’artistes prisé depuis le XIXᵉ siècle. En 1902, Henriette quitte son mari et part pour Venise avec Mariano Fortuny, qu’elle n’épousera qu’en 1924.
Si l’on sait encore peu de choses sur elle, l’article de Corinne Dromer, « Henriette ou l’oubli », publié sur le blog des Hôtels Littéraires, éclaire son parcours. Née le 4 octobre 1877 à Fontainebleau, elle y grandit avant d’épouser en 1897 Jean Eusèbe Léon Bellorgeot, marchand de tableaux et peintre. Le couple s’installe à Marlotte, village d’artistes prisé depuis le XIXᵉ siècle. En 1902, Henriette quitte son mari et part pour Venise avec Mariano Fortuny, qu’elle n’épousera qu’en 1924.

Marcel Proust, lui, découvre Venise en mai 1900. Par l’intermédiaire de Reynaldo Hahn, il se rend au palais Martinengo pour rencontrer Cecilia Fortuny, la mère de Mariano.

Entre 1902 et 1906, les Fortuny partagent leur vie entre Paris et Venise, avant de s’installer plus durablement au Palazzo Pesaro degli Orfei à partir de 1907, date de l’ouverture de leur premier laboratoire d’impression textile. À Venise, Henriette s’impose rapidement comme la cheville ouvrière de l’atelier : elle supervise la fabrication des tissus, les relations avec la clientèle, et met au point des techniques innovantes, dont le célèbre plissé des robes Delphos. Dans une note marginale relative au brevet de 1909, Mariano reconnaît explicitement son rôle : « Ce brevet est la propriété de Madame Henriette Brassart, qui en est l’inventrice. Je l’ai déposé à mon nom en raison de l’urgence. » L’usage du nom Brassart, celui de la mère d’Henriette, intrigue encore.
Tandis que Mariano développe l’usine textile de la Giudecca, Henriette dirige l’atelier de couture du Palazzo Orfei. Le succès est immédiat : leurs créations s’exportent à Paris, Londres et New York. Nombre d’œuvres conçues par Henriette sont saluées par la critique, mais souvent attribuées à son mari.

À la mort de Mariano, le 2 mai 1949, Henriette cède l’usine de la Giudecca à Elsie McNeil et cesse la production des robes. Héritière unique, elle consacre ses dernières années à préserver la mémoire de son époux et à organiser ses archives. Après avoir classé lettres, documents, photographies et coupures de presse, elle en confie la garde à son amie Angela Mariutti de Sánchez Rivero. L’ensemble est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale Marciana de Venise.

En 1953, conformément aux vœux de Mariano, elle offre le palais Pesaro‑Fortuny au gouvernement espagnol, qui décline en raison des coûts d’entretien ; la Ville de Venise en devient propriétaire en 1956.

Henriette Nigrin Fortuny s’éteint au Palazzo Pesaro degli Orfei le 16 mars 1965, à l’âge de quatre‑vingt‑sept ans, entourée de ses fidèles collaboratrices Clara Pravato et Antonia Piovesan, dernières ouvrières de l’atelier textile. Après des obsèques célébrées en l’église San Luca le 18 mars, elle est inhumée à Rome, dans le caveau familial, auprès de Mariano.

Informations pratiques

Visuel ©Hôtel Littéraire Le Swann - Simone André Maurois.

Hôtel Littéraire Le Swann

11 rue de Constantinople

75008 Paris

Exposition : « Proust et les femmes de sa vie : Muses & Héroïnes » 

Du jeudi 16 avril au mardi 23 juin 2026

 Entrée libre de 11h à 20 h

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