« 30 paons, 33 faisans, 21 cygnes, 9 grues, 33 trubles à gros bec, 33 bigoreaulx (espèce de hérons), 33 aigrettes, 33 héronneaux, 33 chevreaux, 66 poulets d’Inde, 30 chapons, 99 petits poulets au vinaigre, 66 poulets à bouillir, 66 poulets en gélinotte, 6 cochons… »[1]
La liste se poursuit sur plusieurs lignes. Il s’agit des quantités de viandes établies par Catherine de Médicis pour le repas du 10 juin 1549, donné en son honneur par la ville de Paris, à l’occasion de son sacre de reine de France. Car la jeune épouse italienne d’Henri II est non seulement cultivée et passionnée d’ésotérisme, mais elle adore manger ! C’est pour vous mettre en appétit que j’ai choisi ce passage extrait du quatrième chapitre du nouvel essai de Jonathan Siksou, Triompher en festins, paru chez Perrin.
[1] Extrait, p. 51

La chronique de Florence Batissre-Pichet de Chemin Lisant

Visuel : Essai de Jonathan Siksou, Triompher en festins, Editions Perrin.

D’une plume gourmande et érudite, l’auteur nous entraîne dans un voyage jubilatoire où l’Histoire de France se raconte par le menu. En vingt repas d’exception, il traverse les siècles comme on passerait de banquet en banquet, de Louis IX à Emmanuel Macron. Jonathan Siksou a choisi des épisodes symboliques qui nous font revivre l’ambiance des cours royales, comme celle des tables révolutionnaires et républicaines. La table y apparaît comme un miroir du pouvoir, des mœurs et des mutations de la société.

Chaque chapitre regorge de pépites. On y découvre ce que l’on pourrait appeler les sciences de la table – ou, plus malicieusement, celles que Montaigne nommait « les sciences de gueule ». Saviez-vous que la première fourchette attestée date de 1483 ? Que les entremets du Moyen Âge étaient conçus comme des spectacles mêlant tournois et divertissements ? Ou bien encore que l’on doit au goût prononcé de Catherine de Médicis pour les douceurs, l’arrivée de confiseurs venus de Venise, qui participe à l’essor du sucre à la cour, jusqu’aux fameuses pastilles appelées à rayonner dans toute l’Europe. Plus loin, le lecteur redécouvre l’origine de la poule au pot d’Henri IV, ou encore l’épisode resté légendaire du festin donné par Fouquet à Vaux-le-Vicomte, dont Louis XIV prendra un ombrage durable.

Car à travers ces agapes, c’est tout un rapport au pouvoir qui se joue, dans l’excès comme dans la mise en scène. À la mort du Roi-Soleil, changement de décor : la Régence s’ouvre sur une période de libertinage et de débauche assumée. Sous la plume de notre historien, des termes oubliés refont surface : en vogue au XVIIᵉ siècle, on apprend que l’« ambigu » est ce buffet froid dressé selon une étiquette très codifiée, en fin de soirée, à l’issue d’une fête ou d’un spectacle. On apprend entre autres l’origine de la mayonnaise, rapportée après la prise de Port-Mahon, à Minorque (1756), preuve que la grande Histoire peut parfois tenir dans une simple sauce !

La Révolution marque un tournant décisif. Les tables royales disparaissent, les cuisiniers se retrouvent sans emploi… et les restaurants naissent, notamment autour du Palais-Royal. Porté par l’essor de la bourgeoisie, le XIXᵉ siècle devient un nouvel âge d’or de la gastronomie, incarné par Carême, puis par le duo aussi complémentaire qu’incomparable formé par Auguste Escoffier et César Ritz, à l’origine du Ritz de Paris et de nombreux palaces en Europe, mais surtout d’un art de recevoir, appelé à faire école. Point d’orgue de cette odyssée gastronomique : le Noël des troupes instauré depuis décembre 2017 par le Président Macron, avec le même menu conçu par le chef Guillaume Gomez — pâté en croûte, poulet aux champignons avec un gratin dauphinois, plateau de fromages, gâteau au chocolat —, une tradition à laquelle l’armée est attachée. La France est le seul pays à offrir un tel repas à ses soldats en zone de guerre.

Si ce livre se déguste comme une véritable encyclopédie des arts de la table, flirtant parfois avec un joyeux esprit Guinness des records — nombre vertigineux de plats, banquets gigantesques et convives par dizaines de milliers —, il permet de comprendre comment se sont posés les temps du repas, comment le service, l’étiquette et la mise en scène ont façonné notre rapport à la convivialité, au prestige et au pouvoir. Il éclaire aussi l’essor des recettes, des livres de cuisine et la naissance d’une gastronomie moderne. Pourquoi lire cet ouvrage ? Parce qu’il offre bien plus qu’un simple voyage gourmand. Triompher en festins est une façon réjouissante de traverser les siècles et de réviser son histoire de France en plongeant dans la richesse de notre gastronomie. Une lecture qui stimule les papilles et rappelle combien la diversité des mets et des usages est au cœur de notre culture. On referme cet ouvrage avec le sentiment d’avoir appris, compris et surtout savouré. Une lecture qui rappelle qu’en France, depuis toujours, l’Histoire s’écrit aussi… à table.

Le saviez-vous ?

Le mardi 10 mars 2026, lisez et participez au quart d’heure de lecture national ! Cette opération nationale menée par le CNL vise à sensibiliser l’ensemble des citoyens à l’importance de la lecture et à encourager toutes les organisations, publiques comme privées, à mettre en place des projets réguliers autour du livre et de la lecture. Si votre entreprise souhaite promouvoir la lecture, Chemin Lisant propose un accompagnement pour créer des ateliers de lecture adaptés à vos besoins.

Pour en savoir plus : Florence Batisse-Pichet
www.cheminlisant.com

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